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CLIF Toronto : Une entrevue en détail avec sa porte-parole

En mai dernier, lors du bilan d’activité 2023-2024 et de la préparation d’un nouveau plan d’action du Comité local en immigration francophone (CLIF) de Toronto, des prix de reconnaissance ont été décernés aux membres engagés et dévoués de cette table.

CLIF Toronto 2024 5De gauche à droite : Francesca Pecora (Bureau des nouveaux arrivants, la Ville de Toronto); Jeanne Françoise Mouè (Porte-parole du CLIF de Toronto); Burcu Suer (SÉO); Salaina Massillon (MOFIF); Maimou Wali (Oasis Centre des Femmes); Lidia Jarmasz (PFPR) et Jean Claude Nda (RIFCSO)

Pour cette occasion spéciale, nous avons rencontré la porte-parole du CLIF de Toronto, Jeanne Françoise Mouè, afin d’avoir une vue plus approfondie sur leur fonctionnement, leurs défis ainsi que leurs réalisations. En présentant le parcours du CLIF Toronto depuis sa création jusqu’à ce jour, nous espérons que ce mécanisme pourra inspirer les lecteurs ainsi que les membres actuels et futurs.

La création du CLIF Toronto a-t-elle été facile au départ ? Étant le plus jeune des huit CLIFs du Centre-Sud-Ouest de l'Ontario (CSO) mis en place par le Réseau, hormis un nouveau groupe de travail créé en 2022, quel est votre point de vue sur sa création et son développement ?

J’étais présente au lancement du CLIF en 2018 à l'Alliance française à l'époque. À cette époque, d'autres régions du Centre Sud-Ouest avaient déjà un CLIF, alors que Toronto n'avait pas de CLIF malgré la présence de nombreux organismes aidant les nouveaux arrivants. Il était important de créer cet espace de concertation où chacun pouvait prendre la parole pour discuter de la manière de soutenir l'intégration réussie des nouveaux arrivants francophones à Toronto, indépendamment du mandat des différents services.

Au départ, il y avait des questions sur la mission de la table, mais maintenant, on commence à voir l'importance de se concerter, de collaborer et de former des partenariats. La discussion reste nécessaire, il est crucial d’avoir des discussions parfois sensibles sur des enjeux essentiels à notre mission.

CLIF Toronto 2024 6Lidia Jarmasz, prix pour membre engagée et active au sein du CLIF de Toronto 2024

En quoi consiste votre rôle du CLIF ?

Je vois mon rôle comme celui de rassembler et de faire comprendre aux membres le mandat du CLIF et celui du RIF (Réseau en immigration francophone). Puisque le CLIF émane du RIF, il est important d'amener les gens à comprendre ce lien, ainsi que la relation entre ces structures et leur travail sur le terrain. La plupart des membres autour de la table sont financés par IRCC et ont besoin de comprendre les structures mises en place pour soutenir leur travail de prestation de services.

L'importance ici est de créer un espace sécuritaire et bienveillant où chaque membre peut prendre la parole, même sur des sujets délicats ou des enjeux touchant un organisme. Cela permet de discuter et de s’assurer que chaque voix soit entendue, et de trouver des solutions, peut-être pas communes, mais stratégiques, adaptées à chaque situation.

CLIF Toronto 2024 2Burcu Suer (SEO), prix pour membre active et impliquée

Aujourd’hui, le CLIF de Toronto est l’un des CLIF qui regroupe de plus nombreux membres du Centre Sud Ouest. Comment voyez-vous cela ?

Cela résulte du rôle de leadership du RIFCSO, notamment dans la mise en place de la structure et la mise en œuvre du plan stratégique en immigration francophone régional. Je peux également attribuer ce succès au travail de Jean Claude Nda, l’agent de projet au RIFCSO en charge de la région de Toronto. Certes, chaque CLIF peut fonctionner différemment. Mais pour nous, malgré les questionnements sur le mandat du CLIF et la mission de chaque organisme membre, je pense qu'il y a eu une prise de conscience du fait que nous desservons la même clientèle. Nous sommes souvent impliqués dans les mêmes comités, sous-comités et tables de discussion. Nous abordons toujours les mêmes réalités et les mêmes enjeux que vivent les nouveaux arrivants au quotidien.  De plus en plus, nous réalisons que nous ne pouvons trouver des solutions qu’en travaillant ensemble.

Le travail des représentants à la table du CLIF étant bénévole, est-ce que cela représente un défi pour la mise en œuvre des projets et activités ?

Non, je ne le pense pas. Il est vrai que certains membres s'impliquent davantage dans la réalisation de certaines activités que d'autres, mais ce n'est pas un travail bénévole à proprement parler, car les organismes libèrent du temps pour que leurs employés siègent à la table. Cependant, je crois que les employeurs ne rémunèrent pas nécessairement toutes les heures que certains membres consacrent à la réalisation de certains projets, d'où d'ailleurs cette reconnaissance que nous avons faite au bilan de 2023-2024 pour certains individus qui, peu importe la taille de leur organisme, s'impliquent et prennent un dossier à cœur, l’amènent à bien.

Donc, depuis le début de la création du CLIF, nous tenons à reconnaître les petits organismes qui n'ont pas nécessairement le personnel nécessaire.

CLIF Toronto 2024 1Eillen Sellam, prix pour membre active et impliquée

Pourriez-vous nous parler d'une ou deux réalisations du CLIF dont vous êtes particulièrement fiers ? Pensez-vous qu'elles auraient pu être accomplies sans le CLIF Toronto ?

La première c’est l'étude de besoin des nouveaux arrivants dans la région de Toronto, publiée en 2023. Les données probantes et les recommandations de cette étude ont été d’une grande aide pour les organismes communautaires, notamment pour la soumission au nouvel appel de propositions d’IRCC lancé fin 2023. Nous sommes très fiers d’avoir pu publier ce rapport à temps et en si peu de temps. Suite à la publication de ce rapport, nous allons travailler sur la mise en place des recommandations mentionnées. (Accédez au rapport en visitant ce lien)

La deuxième réalisation est la percée que nous avons faite au sein de la Ville de Toronto. Plusieurs circonstances favorables se sont produites en même temps. Le Bureau de Nouveaux Arrivants de la Ville de Toronto a embauché une personne bilingue et francophone qui est ouverte à comprendre la communauté francophone. Cette personne a trouvé un groupe de réflexion en place, le CLIF. J'espère que nous allons rayonner dans d'autres départements de la Ville, car nous souhaitons obtenir des financements pour mieux servir les nouveaux arrivants.

Étant donné que le CLIF Toronto est encore jeune, ces réalisations sont très importantes pour le groupe.

Parlons de la nouvelle communauté francophone accueillante (CFA du CSO). Le CLIF de Toronto n’a pas postulé pour la 2ème CFA. Qu’en dites-vous ?

Toronto, en tant que ville, est très grand. La communauté francophone, quant à elle, est relativement petite. Étant donné que le CLIF est encore nouveau, je pense que nous avons encore besoin de travailler à renforcer nos liens dans la ville de Toronto et à consolider notre présence.

Toronto a plusieurs secteurs, ce ne serait peut-être pas la ville de Toronto, mais peut-être un secteur spécifique à Toronto. Ainsi, c'est le travail que nous devons entreprendre en amont, en impliquant les secteurs public, privé et communautaire, qui nous préparera pour le prochain appel de propositions pour la communauté francophone accueillante. Nous avons donc, je pense, une période de cinq ans pour y parvenir.

En 2021, un tiers des nouveaux arrivants du Canada s’installe à Toronto. Quels sont les défis majeurs que vous discutez à ce jour ? et quelles activités ou pistes de solutions que le CLIF apporterait pour améliorer cette situation ?

Ma réflexion serait différente de la réflexion du groupe. Selon moi, le défi demeure comme pour tous les nouveaux arrivants qui arrivent à Toronto au niveau social, l’accès au logement social et/ou abordable, l'accès à l'emploi et le bilinguisme.

Vivre et travailler à Toronto requiert au minimum une connaissance de l’anglais, comme mentionné dans le rapport de l’étude des besoins des nouveaux arrivants à Toronto. La population francophone est davantage présente dans le secteur de l'éducation ou dans le domaine communautaire, prestations des services. Dans le domaine économique, on trouve plus d’entrepreneurs autonomes, mais pour une véritable intégration dans l'économie torontoise, une connaissance de l'anglais est essentielle. Je considère que c'est un défi majeur.

Un autre défi discuté au sein du CLIF concerne la prestation de services. Le rapport d'études de besoins a souligné le fait que la prestation de services dans le domaine de l'immigration repose souvent sur les expériences personnelles. Cependant, l'accompagnement des nouveaux arrivants nécessite plus que les expériences personnelles des travailleurs. Il est important de reconnaître que ce secteur spécifique demande une expertise et des compétences particulières, et que les organismes doivent être soutenus pour améliorer les compétences de leur personnel.

Qu’est-ce qui pourrait être fait faire, selon vous, pour collaborer avec les autres régions pour équilibrer la répartition des NA sur le territoire du CSO en particulier et en Ontario en général ?

D’abord c’est de standardiser l'accueil, l'accompagnement, et le soutien des nouveaux arrivants dans les différentes villes. Pour les nouveaux arrivants francophones spécifiquement, le service pré-départ et le service d’accueil à l’aéroport Pearson permettent de recueillir des données sur les personnes et leur ville de destination. Il est crucial d'harmoniser des services de base dans toutes les régions, que ce soit à Windsor, à Técumseh, à Toronto, à Scarborough, ou ailleurs. À leur arrivée, les nouveaux arrivants doivent s'attendre à un accueil, à un accompagnement similaire.

Ensuite, je pense aux divers forums régionaux et provinciaux organisés par les RIF pour discuter des pratiques et des défis rencontrés dans les régions rurales par rapport aux grandes villes. C'est de partager les expériences et les adapter selon les régions. Mais comme organismes communautaires, on a besoin de tenir compte de ce qui se passe ailleurs et de voir comment on peut mutualiser certaines pratiques et peut-être avoir des pratiques spécifiques tenant compte de la réalité des régions. Le rôle du CLIF ici, c’est peut-être la mise en pratique sur le terrain et la sensibilisation des groupes membres.

CLIF Toronto 2024 4Des membres du CLIF de Toronto